Un chef-d’œuvre d’Oskar Kokoschka restauré !

Publié le 27.03.2020

Le joueur de transe (1909), un chef-d’œuvre du peintre expressionniste autrichien Oskar Kokoschka, vient de bénéficier d’un important traitement de conservation et de restauration. L’opération, extrêmement délicate, a duré huit mois et le résultat est époustouflant ! Bientôt le public pourra retrouver la quintessence de Kokoschka : un portrait puissant, coloré, sauvage, crucial, expressionniste et porté par la force brute de la matière.
 

Le joueur de transe est à plus d’un titre l’un des chefs-d’œuvre de la collection de peinture du 20è siècle. Le tableau fait en effet partie d’une série de portraits à la touche vigoureuse de l’élite culturelle viennoise qui, juste avant la première guerre mondiale, a transformé Vienne en un lieu intellectuellement foisonnant. Cette œuvre précoce de Kokoschka est généralement reconnue comme la plus intéressante de sa carrière.
L’artiste expose ce portrait de l’acteur Ernst Reinhold – de son vrai nom Ernst Hirsch- à l’exposition internationale de Vienne en avril 1909, en même temps que l’affiche bien connue de sa pièce Mörder, Hoffnung der Frauen (L’assassin, Espoir des femmes). A la première du spectacle, le dernier jour de l’exposition, c’est Ernst Reinhold qui joue le rôle principal et par la représentation de cette pièce à scandale, co-écrit l’histoire du théâtre expressionniste. En 1920, la peinture entre dans la collection du musée des Beaux-Arts de Silésie à Breslau et y reste jusqu’à ce qu’en 1937 les nazis la décrètent art dégénéré et la confisquent. En 1939, les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique achètent l’oeuvre aux enchères à Lucerne, lors de la vente Peintures et sculptures des maîtres modernes des musées allemands.

L’état du Joueur de transe était très fragile depuis un certain temps, ce qui en interdisait tout transport. Un traitement approfondi de conservation et de restauration en devenait urgent mais allait s’avérer de longue haleine. Les recherches préliminaires ont révélé, entre autres, que les matériaux utilisés étaient de qualité douteuse et que l’artiste avait fait preuve d’une grande liberté technique, ce qui explique les problèmes d’aujourd’hui. De plus, la peinture a été réalisée sur une toile de récupération ce qui a nui à la stabilité des couches picturales de sa composition. La touche est si énergique et pâteuse, l’écriture si nerveuse, qu’avec le temps les couches de peinture se sont trouvées endommagées; le support a montré de graves ondulations. Il fallait réparer les fissures dans la couche picturale, éviter leur réapparition et retendre la toile sur le châssis.
Une approche en douceur a par conséquent été choisie de façon à respecter au maximum le matériau d’origine et les choix esthétiques de l’artiste. Les ajouts tardifs de vernis ont été supprimés, les choix de matériaux idiosyncratiques ont bien sûr été préservés.
Le résultat de ce traitement de conservation et restauration qui aura duré 8 mois est tout simplement magnifique. Bientôt le public pourra prendre connaissance du meilleur de Kokoschka: un portrait puissant, coloré, sauvage, crucial, tout à fait expressionniste et porté par la force brute de la matière.

Restauration réalisée grâce au soutien du Maecenas Circle